Héhé, à peine cinq semaines et c'est les vacances. Parfait. Même si la vie étudiante risque de me manquer, tout comme mes deux groupies anglaises et toutes les nouvelles têtes qui peuplent ma nouvelle vie (et mon étage par la même occasion). Cette fête du quatrième avait tout pour plaire. Certaines personnes - je ne comprendrais jamais - se bornent à s'enfermer dans leurs chambres et à faire la tronche, alors que sur le palier de leur porte, on est déjà au huitième ciel. Dans les chambres, d'ailleurs, il se passe des trucs pas très nets. C'est ce qu'on appelle couramment l'orgie.
Je me dirige vers le Restau U, et là - surprise ! - Hangar étaient là. Ils faisaient des concerts acoustiques dans toute la fac (c'est la classe). J'ai donc discuté avec Romain, le guitariste, et ils ont joué What'd I Say et autres Johnny B. Goode pendant que je mangeais mon sandwich. Sympa.
Eloïse, July et moi, réunis. C'est pas beau, ça ? Pour un Halloween déjanté. Déguisés en connards de l'UMP : venez vous convertir, c'est la voie du Bien. En effet, le bleu n'a jamais fait aussi peur. Alors après avoir trippé sans fin sur la Place de la Bourse, on est partis en boîte. La vie est belle, on a marché une heure dans le froid pour enfin arriver à destination, parmi filles publiques et têtes endurcies. Là, James était dans la cage, en train de se déhancher très sexiement, et Béranger, complètement pété, souffrait du hoquet (dur de draguer dans ces conditions bébé) ; nous, on faisait la promotion de notre parti tout en s'agitant sur Discobitch (c'est pas la classe ?), c'est pas la classe. On est revenus tout enti... zZz. Il se faisait tard.
Vendredi après-midi, dans le train, avec ma guitare sur le dos et ma valise surdimensionnée, à lire Elephants on Acid (thank you Jasmine), les gens restent debout alors qu'il y a une place assise là, juste sous leur nez : une seconde chose que je ne comprendrais jamais. Le train approche de la gare de Facture. Là, un homme se lève et se dirige vers la porte automatique. Or, une femme est assise là, au milieu. Devinez quoi, cet homme, cadre supérieur respectable avec son costume, son Blackberry et son air grognon, reste là, coincé dans la porte qui s'ouvre et se referme sur lui, et se contente de secouer la tête, en se disant « C'est inadmissible ». La femme, qui n'a rien vu ni entendu, reste assise là, sur les marches. Cet homme, qui a réussi dans la vie (bon, chacun sa notion de réussite), n'a même pas les couilles de demander à cette femme de se pousser, et reste là, tout ridicule (faut avouer qu'il faisait pitié), à se prendre la porte dans la gueule à répétition. Je ne deviendrai jamais cet homme renfermé, qui a pour seule occupation ses rentrées d'argent et sa petite famille, qu'il gâte et regâte, et qui se replie sur son égoïsme et sa petite vie confortable. C'était le Gregor de Kafka dans la famille de No Surprises. Sa métamorphose viendra.
Vendredi soir, arrivé à la gare, je fais du stop. Donc me voilà, sur le bord de la route. Je me sens un peu comme une exposition publique. Les gens, dans leurs voitures, me regardent l'air ahuri, ne semblant pas comprendre que j'avais froid et que je voulais juste rentrer chez moi. J'ai pas l'air méchant, pourtant, mais je suppose que tout le monde est bien confortable dans son petit univers. J'ai mal au bras, les gens sont des connards. Là, surprise, un arabe, avec sa belle caisse, s'arrête devant moi. Il ne va pas dans la même direction, mais appelle un pote à lui : « Salut, excuse-moi, t'es déjà parti ? Parce que là j'ai un ami qui va à Lanton, tu pourrais pas le ramener ? ». Un ami ? C'est le genre de truc qu'on ne voit pas souvent, et ça fait plaisir. Bon, son pote était déjà parti, donc j'ai du attendre, mais l'intention était éblouissante. L'antithèse du scarabée de Kafka. Ensuite, une dame s'arrête, longtemps après (aaaïe mon bras), et elle se sentait en confiance, parce que j'avais une guitare sur le dos. Normal. En fait, c'était une cliente régulière du Café Le Baryton, elle ne m'avait pas reconnu mais elle m'a raconté comment ses enfants jouaient bien de la musique, et comment son mari déjeunait avec Bob Marley, et tous les concerts où ils étaient allés. Arrivé au Café, plein de musique. Maintenant c'est les vacances, et ça fait du bien.